Vendredi 10 novembre 2006
5
10
/11
/Nov
/2006
20:04
Azay a osé
Sur la route des châteaux de la Loire, celui dAzay-le-Rideau, se visite de jour mais se révèle de nuit. Le spectacle nocturne « Songes et Lumières » ne pourrait mieux porter son nom. Véritable fuite au pays de limaginaire, ce son et lumière, loin des canons du genre, invite à la découverte dun autre monde, celui du rêve.
« Regardez, je suis une princesse de mille mètres », sextasie Pauline, 7 ans. Au pied du château dAzay-le-Rideau, des projecteurs illuminent en contre-plongée les façades. Figures fantomatiques, les ombres chinoises des visiteurs naissent et disparaissent, tels des esprits sappropriant les lieux. Après le succès du son et lumière des Imaginaires dAzay-le-Rideau (1994-2004), le Centre des monuments nationaux honore à nouveau ce château, avec « Songes et Lumières ». Mis en scène par lAtelier Emergence et en musique par les Ateliers du Fresne, ce spectacle allie la technologie à la nature pour souligner larchitecture de cet édifice renaissance, bâti à lépoque de François 1er. « Entre ciel, terre et eau, cette bâtisse est un lieu unique pour ce spectacle, qui redonne une lisibilité à son architecture» souligne Olivier Charrier, le scénariste. Et cette 2e édition estivale est dautant plus à la pointe de la technologie que de nouvelles « projections dimages géantes » ont été ajoutées. Ainsi guidés par des pistes lumineuses, les visiteurs avancent de surprise en surprise. Tapies dans les arbres et sous les douves, près de « 900 sources lumineuses » et « 70 plages sonores » patientent que le soleil se couche pour prendre le relais. La musique originale créée par Pierre Lebrun et Christophe Séchet fait sélever des chants éthérées. La nuit tombe enfin, une voix dange monte au ciel: le spectacle commence. Les vocalises de « Corps intérieur » invitent à pénétrer dans la bouche béante de la demeure, par lescalier illuminé. A chaque étage, les portes mi-closes ouvrent sur limaginaire, laissant libre cours à linterprétation de chacun. «Mon choix artistique nétait pas de coller à lhistoire du château, mais de chatouiller limagination de chacun pour quil sinvente ses histoires » précise le scénariste, diplômé des Beaux-Arts de Dijon. De retour dans la cour de la bâtisse, le parcours invite à découvrir ses jardins du XVI e siècle. « Jai voulu mettre en relief léquilibre entre le château et sa forêt » commente le scénariste. Il a donc opté pour une lecture en opposition du parc: les lumières obscures épousent la robe noire de la Salamandre, tandis que dautres fluorescentes soulignent la blancheur de lHermine, deux emblèmes de François 1er. Dans le sous-bois obscur, la musique tribale « Empreinte de feu » fait écho à lappel de la forêt, mystique. Les chants éthérés de « La forêt des nymphes » invitent alors à pénétrer dans lautre bois, grâce aux sculptures lumineuses suspendues aux arbres. Mais aussitôt les feuilles sirisent, et tels des yeux sortant de lobscurité, scrutent les spectateurs étonnés. Inquiétante étrangeté. Les visiteurs se nimbent alors dans un bain de lumière
noire. Tous rejoignent lallée des brumes, quils traversent dans un bain de vapeur deau rafraîchissant et troublant. La musique expérimentale « le jardin des reflets » les emporte alors dans une rêverie aquatique. Les voix aqueuses parachèvent le rêve, avant quil ne sachève. Bouleversant et étonnant, ce « Songes et Lumières » est une réussite de petites touches qui font mouche.
Camille Tassel
Château dAzay-le Rideau
Tél : 02 47 45 42 04